13ème Dimanche du temps ordinaire Année A

Mt 10, 37-42

Le tout pour le Tout

Par le Père Pierre ABRY,     

        « Qui aime son père, sa mère, ou encore son fils ou sa fille plus que moi, n’est pas digne de moi ! Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la trouvera. » La parole de Jésus scandalise, et pourtant… La relation à ceux qui nous ont engendrés, à ceux que nous avons engendrés et le rapport à notre propre vie, révèlent la défaillance de notre capacité à aimer, notre amour malade, souffrant d’une « névrose ontologique ». Que de conflits dans nos généalogies, nos engendrements, nos familles, nos fratries homicides ! Que de tensions intérieures, de mal-être ! C’est bien là qu’il faut identifier la réalité de notre croix… La parole de Jésus y résonne comme une libération profonde de nos affections désordonnées et souffrantes.

        Que signifie « ne pas être digne » de Jésus ? Ce terme grec « axios », avant de prendre une connotation moralisante, signifie contrebalancé, de même poids, de même valeur. On dirait aujourd’hui « qu’il ne fait pas le poids », celui qui aime ses proches plus que Jésus. En effet, Jésus a manifesté l’amour dans sa plénitude : « Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout » (Jn 13,1) par amour de Dieu plus que de tout. Par don de grâce, le disciple est appelé à un amour qui réponde à cet amour, un amour de même poids. « Le disciple n’est pas au-dessus de son maître ; mais tout disciple accompli sera comme son maître » (Lc 6,40) En accueillant « l’extraordinaire » (Mt 5,47) de la grâce, déversée en son cœur comme « une bonne mesure, tassée, secouée, débordante » (Lc 6,38), le disciple sera rendu « parfait comme le Père céleste est parfait. » (Mt 5,48) Pour sauver sa vie, Pierre l’a perdue en reniant par trois fois le Christ. Après la résurrection, il confessera à trois reprises son amour pour le Seigneur « qui sait tout », acceptant à son tour d’étendre les mains, de recevoir d’un autre la force, et d’être conduit où humainement il ne voudrait pas et ne pourrait pas aller. (Jn 21,18)

        Le chemin passe par la croix. Son symbole est cloué aux murs des maisons de nos engendrements ; nous portons en pendentif le « Maudit qui pend au gibet » (Ga 3,13) ; il trône à la croisée de nos chemins de campagne. Mais lorsque sa réalité existentielle de la croix se présente à nous, dans nos maisonnées, sur notre chemin de vie, nous renions, fuyons et bifurquons. Nous nous comportons en « ennemis de la croix du Christ. » (Ph 3,18) Le Seigneur nous appelle à la « prendre », non à la subir avec résignation. Seule par une plongée baptismale, avec le Christ, dans ces situations et ces événements crucifiants, se donnera pour nous la participation à la puissance de sa résurrection : « Portant toujours, en notre corps, la manière de mourir de Jésus, afin que la vie de Jésus soit, elle aussi, manifestée dans notre corps. » (2Co 4,10) À défaut de mettre en balance le tout pour le Tout, nous finirons avec rien.

 

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