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Archives mensuelles : juillet 2019

Lc 11, 1-13

L’audace de prier

 Par le Père Pierre ABRY,    

      Voyant Jésus « être » en prière, les disciples demandent qu’il leur apprenne à prier. « Quand vous priez, dites : Notre Père… » Le Fils aurait-il enseigné une formule incantatoire à réciter ? Matthieu précise : « Ne rabâchez pas comme le font les païens qui s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés. » (Mt 6,7) Apprends donc à dire « notre Père », à le dire par ta vie, à « être » en prière, plus qu’à faire des prières.

      Tu appelles Dieu ton Père ? Est-il vraiment le père de ta manière de vivre ? Tu demandes que son Nom soit sanctifié, et tu n’as de soucis que de te faire un nom (Gn 11,4), de le mettre sur des terres (Ps 49,12) ! Tu demandes que son règne vienne, et tu ne cherches qu’à étendre le tien ! Tu demandes que sa volonté soit faite sur la terre comme au ciel, toi qui imposes la tienne à tous, et que même le Ciel fasse ce que tu veux sur la terre ! Comment le Père te donnerait-il le pain de ce jour, puisque déjà, tu y as pourvu ? Comment pardonnerait-il à un débiteur aussi impitoyable qui demande justice de la moindre peccadille ? Quant au mal, le plus souvent nous n’implorons d’en être délivrés que déjà trop engouffrés, sans plus d’issue. La liturgie a bien raison de dire : « … selon son commandement, nous osons dire, notre Père… » Vraiment, c’est de l’audace, du culot !

     Veux-tu vraiment apprendre à prier ? Plutôt que de réciter des formules qui sont ta propre accusation, demande l’Esprit Saint. Le Père le donne à ceux qui l’en prient. Demande-le avec insistance, persévérance. Comme l’ami importun de la parabole, de jour comme de nuit, frappe à la porte et demande-le. Demander accorde le priant au donateur et dispose à l’accueil du don. Plus que de faire changer Dieu, pour lui faire donner ce qu’il aurait omis de donner, la prière change le priant, pour l’ajuster à ce que le Père a déjà donné et qu’il ne voit pas ; à ce qu’il donnera encore et qu’il n’ose pas même espérer.

     En contrepoint de notre rébellion du jardin d’Éden, au jardin de Gethsémani, dans la prière, Jésus assume notre humanité rétive, pour la plier et l’ajuster à la condition filiale : « S’il est possible que cette coupe passe loin de moi… » Puis, « si cette coupe ne peut passer sans que je la boive » ; enfin, « que ta volonté soit faite… » Dans cette prière qui change le priant, la sainteté du nom de Dieu est manifestée et son Règne est advenu ; la volonté du Père de sauver l’homme pécheur s’est réalisée, rétablissant le ciel sur terre ; le pain véritable nous est donné ; le péché est pardonné et l’homme libéré du mal. Cette prière conduit Jésus à consentir à sa Pâque, entrée dans la mort de notre péché, et résurrection qui réconcilie le pécheur au Père.

Lc 10, 1-12. 17-20

Satan détrôné

 Par le Père Pierre ABRY,    

        Après 12 apôtres, voici que Jésus envoie 72 autres disciples « en tout lieu où lui-même devait aller. » Peu de chose, dès les débuts, au regard de l’abondance de la moisson des nations. L’envoyé n’est pas le maître, il le précède, comme le Baptiste « prépare le chemin du Seigneur. » (Mc 1,3) Et pourtant, l’envoyé fait déjà ce que fera Jésus lui-même, guérissant l’homme. Refuser l’envoyé, c’est rejeter celui qui l’envoie. Autant que dans sa dépravation sexuelle, c’est dans ce rejet des envoyés que réside le péché de Sodome.

      « L’Agneau de Dieu qui enlève LE péché du monde » désigné par Jean-Baptiste (Jn 2,19) envoie ses disciples « comme des agneaux au milieu des loups » avec pour seule mission d’annoncer la paix et la proximité du Royaume. « L’Agneau égorgé » (Ap 5,12) remportera la victoire sur le monde violent. Saul le pharisien, violent entre tous, retourné par la douceur de l’Agneau qu’il persécutait, en devient l’apôtre Paul, envoyé à son tour aux nations païennes. Il affirme « porter dans son corps les marques des souffrances de Jésus. » (Ga 6,18) En effet, « nous portons partout et toujours, en notre corps, la manière de mourir de Jésus, pour que la vie de Jésus soit, elle aussi, manifestée dans notre corps. » (2Co 4,10)

       Les disciples sont envoyés dans un dénuement radical de moyens et sans défense. Ils se distinguent ainsi des zélotes armés de tous les temps. Tout régime politique, religion ou système qui recourt à la force, la violence, la contrainte ou la manipulation, se révèle par là-même satanique. Il est un satan qui usurpe la place de Dieu dans le ciel de l’homme.

       Les 72 reviennent « tout joyeux » de l’œuvre d’évangélisation. « Même les démons leur sont soumis ! » Jésus déclare : « Je voyais Satan tomber du ciel comme l’éclair. » En effet, l’annonce de la Bonne nouvelle du Royaume détrône Satan de la place qu’il a usurpée en l’homme. C’est bien pour cela que le Christ a pris notre chair et l’a vécue comme un agneau : pour enlever LE péché du monde, le refus de Dieu en l’homme. A ce refus qui l’a cloué en croix, il a répondu : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34), ils sont trompés par l’Usurpateur. Désormais, « tout sera remis aux enfants des hommes, les péchés et les blasphèmes tant qu’ils en auront proférés. » (Mc 3,28) Mais refuser encore cette manifestation de l’amour de Dieu, c’est pécher sans rémission possible contre l’Esprit Saint. Errare humanum est, perseverare diabolicum. La joie véritable, celle du disciple, naît de l’accueil de cet amour inconditionnel. « Réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. »