2ème Dimanche Temps ordinaire Année A

Jn 1, 29-34

Baptême dans l’eau et dans l’Esprit

Par le Père Pierre ABRY,

        A situation particulière, grâces particulières. C’est vrai pour le Baptiste comme de chacun de nous. « Parmi les enfants des femmes, il n’en a pas surgi de plus grand que Jean le Baptiste. » (Mt 7,9.11) Il est « plus qu’un prophète », lui dont le nom signifie « Dieu fait grâce » ; lui, fruit d’une grâce particulière accordée à une mère stérile ; lui qui a tressailli en son sein, à la visite de la cousine Marie de Nazareth, portant dans le sien le Messie attendu. (Lc 1,41)

        Choisi dès le sein maternel, imprégné de la parole des prophètes, habité du même Esprit, Jean a conscience de sa mission unique dans l’histoire du salut. Il est la voix qui prépare le chemin à la Parole ; il se sait précurseur de plus grand que lui ; il entrevoit sa venue imminente qui pourtant reste encore voilée : « Au milieu de vous se tient quelqu’un que vous ne connaissez pas. » (Jn 1,26) Jean lui-même, par deux fois, reconnaît sa docte ignorance : « Je ne le connaissais pas… », alors qu’il est son petit cousin. Son baptême cependant doit le manifester à Israël, révéler « Celui sur qui l’Esprit descendra et demeurera, celui qui baptise dans l’Esprit Saint. » Jean a vu et il témoigne : « Celui-ci est l’Élu de Dieu. » Ainsi, Jean révèle la grandeur de celui que nous ne connaissons pas. Sa propre grandeur, Jean la reçoit de plus grand que lui, et du témoignage qu’il lui rend. Sa véritable grandeur sera de diminuer pour que lui grandisse.

        Manifesté à Israël par le baptême dans le Jourdain, Christ sera manifesté aux nations après le baptême dans les eaux de sa passion. La puissance vivifiante de l’Esprit descendra et demeurera sur celui qui a été immergé dans les eaux de la mort. La voix du Père se fera entendre, non plus en parole, mais en acte, relevant le Fils bien-aimé, au matin du troisième jour, dans la condition de ressuscité en notre chair assumée. Paul s’émerveille de ce « grand mystère de la foi : Christ, manifesté dans la chair, justifié dans l’Esprit, vu des anges, proclamé chez les païens, cru dans le monde, élevé dans la gloire. » (1Tm 3, 16)

        L’Église porte en elle ce même paradoxe de l’Épiphanie. Comme le Baptiste, elle prépare le chemin et annonce Celui qui vient, qui se tient déjà au milieu de nous et que nous connaissons si peu. En même temps, elle est déjà ce Christ manifesté, révélé, annoncé aux nations ; sa présence effective au milieu de ce monde. Elle baptise dans l’eau, dans l’espérance que se réalise l’épiphanie, la manifestation des fils de Dieu, la réalité du baptême dans l’Esprit Saint et le feu. Sa seule grandeur est d’annoncer, de porter plus grand qu’elle et d’en témoigner. Peut-être gagnerait-elle à un vêtement plus camelin, à un régime plus ascétique de sauterelles et de miel, pour une plus grande transparence à celui qu’elle porte.

 

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