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Jn 20, 19-31

Huitième jour, jour du Seigneur

 Par le Père Pierre ABRY,

      Pauvre Thomas, il est passé à la postérité comme l’incrédule, le cancre de la classe des apôtres, qui ne croit que ce qu’il voit et qu’il touche. Jésus reproche pourtant aux dix autres apôtres la même « incrédulité et obstination à ne pas ajouter foi à ceux qui l’avaient vu ressuscité » (Mc 16,14) ! Ont-ils cru sur parole Marie de Magdala qui leur annonçait avoir vu le Seigneur et rapportait ses paroles (Jn 20,18) ? « Ces propos leur semblèrent du radotage, et ils ne la crurent pas » (Lc 24,11) Thomas est « appelé Didyme, c’est-à-dire Jumeau. » Il porte bien son nom, jumeau des 10 autres, ses semblables, dont il reflète comme en miroir l’incrédulité. Il est ton jumeau, toi qui doutes et t’obstines à ne pas accorder foi à ceux qui ont vu le Christ ressuscité ! Pourquoi donc ces doutes surgissent-ils ?

    Le Ressuscité se manifeste aux siens le troisième jour après sa mort et sa mise au tombeau. Désormais, ce jour n’est plus le « jour du soleil » du calendrier romain, le « sunday » ou le « Sonntag » de nos voisins ; il devient le jour du Seigneur, « dies Domini », « dominica », le dimanche. « Voici le jour que fit le Seigneur, jour d’allégresse et de joie » (Ps 117) Ce jour, le Seigneur le fit en se relevant d’entre les morts, au lendemain du sabbat, septième du calendrier juif. Il est comme un huitième jour débordant le temps, premier jour d’une création nouvelle : « Que la lumière soit ! Et la lumière fut. » La lumière du Ressuscité a dissipé les ténèbres. « Il y eut un soir, il y eu un matin : premier jour ! » (Gn 1,3.5) Depuis, le Seigneur se manifeste ce jour-là à ses disciples dans la chambre haute du cénacle.

      Ce jour-là, Thomas, notre jumeau, « n’était pas avec eux quand Jésus était venu. » Comment ne douterait-il pas celui qui, absent de la communauté des disciples, n’a pas reçu l’effusion de l’Esprit-Saint ? La tentation traverse les siècles et nos vies. « Ne désertez pas votre propre assemblée, comme quelques-uns ont coutume de le faire, mais encouragez-vous mutuellement » recommande la lettre aux Hébreux (10,25). Huit jours plus tard, soit encore un dimanche, « les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées. » Il est là, « au milieu d’eux » moins pour reprocher à Thomas son incrédulité, que pour proclamer désormais « heureux ceux qui croiront sans avoir vu. » En croyant, ils verront…

     La foi naît dorénavant de son annonce par un témoin. Voir, obligerait à se rendre à l’évidence, ôtant toute liberté. La rencontre personnelle avec le Ressuscité est inséparable du cénacle des disciples et du dimanche. L’eucharistie dominicale la nourrit, la célèbre, dans l’accueil de la présence du Seigneur parmi les siens.