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Jn 2, 1-11

Le meilleur vin pour la fin

 Par le Père Pierre ABRY,

            N’entendons pas les noces de Cana comme on regarderait l’album photo d’un mariage, commentant invités, menu et vins. Dans la vie de Jésus, tout est signe. Le moindre acte est parole et son silence même est éloquent. Tout révèle le Messie et l’amour du Père. Cana est « le commencement des signes… Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. »

     Au marié de pourvoir le vin, lui qui est destiné à être la joie et l’allégresse de sa femme. Au maître du repas d’en gérer le service et le travail du personnel. Dans la trame du mariage de Cana s’entrelace le signe d’autres noces, les épousailles du Christ et de l’humanité rachetée sur la Croix. Marie, s’aperçoit que le vin vient à manquer et en fait part au Christ Époux, comme le maître de repas aurait dû le dire au marié. L’Époux lui reproche de voir les choses à mesure humaine : « Mon Heure n’est-elle pas venue », l’Heure de me manifester à Israël ? Aussi Marie commandera aux serviteurs : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le. » Les jarres destinées aux ablutions rituelles prescrites par la Loi sont remplies d’eau. Lorsqu’on en sert au jeune marié, elle est devenue un « meilleur vin, gardé pour la fin », à la stupéfaction du maître du repas.

     L’amour porte en lui-même une aspiration à la plénitude, une dimension d‘éternité. Car aimer, c’est aimer l’autre en tout, jusqu’à tout aimer de l’autre et l’aimer de tout soi-même. Aimer, c’est aimer toujours, et toujours dure longtemps, lorsque c’est pour toujours. L’amour ne supporte d’être amputé ni raccourci, sous peine de ne plus être amour. Mais nos amours prennent l’eau, tout s’use et s’affadit. Il ne reste plus alors que les jarres d’eau, symboles de la Loi, loi de l’exigence réciproque : « Tu dois m’aimer ! » Lorsque les limites humaines de l’amour sont atteintes, lorsque notre aspiration à l’amour véritable semble mise en échec, l’Époux véritable peut commencer à se manifester, dans la trame de nos existences, avec sa puissance à transformer notre eau en vin. L’espérance conduit à lire ainsi nos vies, même et particulièrement lorsque l’espoir semble perdu. Si seulement nous osions croire que le meilleur vin n’est pas déjà bu, mais qu’il est pour maintenant, qu’il est bien devant nous, à notre grande stupéfaction !

     L’eau est changée en vin d’allégresse à l’Heure des signes aux noces de Cana. Le vin devient sacrement de la vie de résurrection du Christ, à l’Heure de l’accomplissement, dans la passion d’amour des noces de la Croix. « En vérité, je vous le dis, je ne boirai plus du produit de la vigne jusqu’au jour où je boirai le vin nouveau dans le Royaume de Dieu. » (Mc 14,25) Le meilleur vin est désormais offert à qui ose croire.