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Mc 12, 28-34

Deux en un

 Par le Père Pierre ABRY,

         

      Au scribe demandant quel est le plus grand commandement, Jésus en donne deux, signifiant ainsi que la Loi ne saurait se résumer à un seul. Il cite d’abord le Shema que tout juif pieux prie trois fois par jour : « Écoute, Israël : Le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. » (Dt 6,4-5) Puis, il y ajoute du Lévitique (19,18) : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » « Le second est semblable au premier » (Mt 22,39) Pour l’homme créé à la ressemblance de Dieu, l’amour des semblables est semblable à l’amour de Dieu.

        Ainsi donc, la Loi ne saurait se restreindre à un seul commandement, et pourtant les deux commandements n’en font qu’un, l’unique grand commandement : « La Loi dans sa plénitude, c’est l’amour. » (Rm 13,10) Prétendre aimer Dieu sans aimer le prochain expose aux pires aliénations, de l’illusion spiritualiste désincarnée au djihadisme sanguinaire. « Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu » et qu’il déteste son frère, c’est un menteur : qui n’aime pas son frère qu’il voit, ne saurait aimer le Dieu qu’il ne voit pas. » (1Jn 4,20) A l’inverse, prétendre aimer son semblable sans aimer Dieu, livre l’homme aux leurres de ses névroses, aux mirages de lois et d’idéologies tyranniques et homicides. Dans les deux cas, « la loi de l’amour » se mue en « amour de la loi », de l’idéologie arbitrairement établie.

       Ainsi en va-t-il de nos relations. Le vide qui habite l’homme pécheur en fait un amoureux de la loi, qui impose aux autres la loi de l’amour, afin d’être aimé comme il le voudrait. L’incapacité de l’autre à répondre à la démesure de l’attente conduit à l’échec. Lorsque Dieu commande d’aimer, exigerait-il lui aussi l’impossible ? L’Amour n’exige rien, mais se donne, et ainsi donne tout. « Nous aimons, puisque lui nous a aimés le premier. » (1Jn 4,19) Christ a aimé le Père et nous a aimés jusqu’au bout. Il a aimé l’Un et les autres d’un unique et même amour. La nouveauté est d’aimer comme lui nous a aimés » (Jn 13,34) La référence n’est plus l’homme, « comme toi-même », mais le Christ Dieu, aimer « comme lui a aimé », t’a aimé et a aimé son Père, dans la démesure divine.

     Il nous est plus facile de payer par chèque, que de payer de sa personne, se donnant soi-même. Le scribe l’a perçu, renchérissant que l’amour de Dieu et du prochain « vaut mieux que toute offrande d’holocaustes et de sacrifices. » C’est ce qui le rend si « proche du Royaume de Dieu », sans pourtant y être entré encore. La bienfaisance nous laisse dans l’ancienne alliance ; le don de soi, par pure grâce de l’amour accueilli, introduit à l’alliance nouvelle et éternelle.