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Bon Pasteur

Lc 24, 46-53

Tsimtsoum

 Par le Père Pierre ABRY,

    La propagande soviétique a faussement attribué à Youri Gagarine, au retour du premier vol spatial, la formule : « J’étais dans le ciel, je n’ai pas vu Dieu. » Comment l’homme, inscrit dans l’espace et le temps, peut-il s’ouvrir au mystère du Christ monté au ciel, sans réduire l’Ascension à une grossière délocalisation, à une absence ?

    La tradition hébraïque évoque le « tsimtsoum », littéralement le retrait, la rétraction de Dieu pour son acte créateur. En effet, si Dieu est tout en tout, comment un monde existerait-il ? Dieu se retire de lui-même en lui-même, laissant ainsi l’espace où la création peut advenir. Parce qu’il s’est retiré, il peut se révéler et se manifester à sa création. L’expérience humaine atteste la même dynamique. Dans la croissance de l’enfant, les parents se retirent peu à peu pour qu’advienne l’adulte. La capacité de retrait d’un conjoint laisse l’autre advenir.

    Le Christ en avait averti ses disciples : « C’est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai. » (Jn 16,7) Les apôtres attestent « que Dieu l’a ressuscité le troisième jour et lui a donné de se manifester, non à tout le peuple, mais aux témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. » (Ac 10,39s) Si le Ressuscité était apparu à tout le peuple, l’évidence aurait été contraignante, le Messie confiné à Israël et à un temps donné. Sa manifestation « en retrait », aux seuls disciples, laisse à chacun la liberté de croire à l’annonce de la Bonne Nouvelle. L’homme peut advenir à la condition libre des fils de Dieu, à la communion avec Dieu ; il n’y est pas contraint. En se « retirant », le Christ se révèle à tout homme. Cette rétraction laisse espace à une nouvelle création, œuvre de l’Esprit Saint dans le cœur des croyants, par l’annonce de l’Évangile.

   Un « départ » du Christ, une évasion vers un ciel illusoire aurait attristé les disciples. Or, ils s’en retournent dans la joie à Jérusalem, car c’est bien d’une ascension qu’il s’agit, non d’un départ : ascension, montée de Dieu en eux, comme montent les eaux d’une source, et ascension, élévation de l’homme en Dieu. « Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu… Votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu. » (Col 3,1)

   Qu’il soit donné à chacun de demeurer dans la Jérusalem ecclésiale, pour être « revêtu de la force d’en haut », constant à fréquenter le Temple, le sanctuaire de l’intériorité, dans l’attente de la promesse, pour devenir à son tour témoin.