2ème Dimanche de l’Avent Année A

Mt 3, 1-12

Temps de préparation

Par le Père Pierre Abry,

 

       L’époque est à l’urgence, gommant les temps de préparation et d’attente. Le premier dimanche d’avent, tel une thérapie à cette pathologie de l’urgence, appelait à Veiller, à se tenir prêts, vigilants dans l’attente de la venue du Seigneur, dont nous ignorons le jour et l’heure. Le deuxième précise que cette attente n’est en rien passive, mais préparation d’un chemin pour le Seigneur.

       La bénédiction du cierge pascal acclame « Christ hier et aujourd’hui, commencement et fin de toutes choses, Alpha et Oméga ; à lui le temps et l’éternité. » Nos montres indiquent l’heure, Dieu a le temps… et l’éternité. Il sait attendre le mûrissement intérieur du retour à lui. Il déploie dans le temps ce chemin de retour, respectant croissance et liberté. Préparation lointaine, il tisse l’histoire du salut dans l’entrelacs de la Loi et des prophètes, telle une « préparation évangélique ». Préparation proche, il vit trente années au secret du sanctuaire de l’humble famille de Nazareth. Préparation immédiate, Jean le Baptiste annonce sa venue imminente : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche. »

       Grandi et affermi dans les solitudes arides, le Baptiste « demeurait dans les déserts jusqu’au jour de sa manifestation » (Lc 1,80), « jour de l’an quinze de Tibère César, où la parole de Dieu fut adressée à Jean, fils de Zacharie, dans le désert. » (Lc 3,2) Façonné au désert, face à soi et à Dieu, il se perçoit « voix du criant dans le désert », cri d’urgence : « Préparez le chemin du Seigneur… » Il est lui-même cette parole d’Isaïe (40,3), car Dieu a ouvert son chemin de vie, dans le désert du sein d’une stérile, Elisabeth sa mère. Avant tous, il a tressailli de l’Esprit Saint au sein maternel, à la visitation de la Parole faite chair en Marie. Aussi, il annonce et dispose à la venue de Celui qui « baptise dans l’Esprit Saint et le feu. »

       Dieu a le temps, prend le temps, entre dans le temps et assume tous les temps. La voix retentit aujourd’hui encore, cri d’urgence et seule véritable urgence criante : dans les déserts surpeuplés des solitudes urbaines, préparez un chemin au Seigneur. Vêtu de poils de chameau ou d’un jeans – tel Carlo Acutis, le « geek de Dieu » mort à 15 ans en 2006 et proclamé bienheureux en 2020 – les témoins sont la voix qui prépare l’accueil de la Parole, les véritables lanceurs d’alerte. Ni politique, ni climatique ou de quelqu’autre clique, l’urgence est spirituelle. Le moralisme pharisaïque, religieux hier et laïque aujourd’hui, le ritualisme sadducéen, hier du temple aujourd’hui d’église est venin de « race de vipères qui cherche à fuir la colère qui vient. » Seul un retournement, passant par un point d’arrêt pour tout réorienter, produit un fruit de repentir et ouvre au Royaume.