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Mc 10, 2-16

L’issue par le haut

 Par le Père Pierre ABRY,

     Cet évangile révèle l’aspiration profonde de la personne humaine, son essence même, et le constat pragmatique de sa mise en échec. Le cœur aspire à ne faire « qu’une seule chair » avec le conjoint, mais « la « dureté de cœur » mène dans les faits, à l’échec de ce qui serait la réalisation même de la personne. Le divorce intérieur entre le bien que je voudrais mais ne parviens pas à réaliser, et le mal que je ne veux pas et qui pourtant se fait, conduit souvent au divorce extérieur. (Cf. Rm 7) C’est bien « manquer le but », traduction littérale du mot péché en hébreu. Il ne s’agit pas d’une infraction à un code moral qui ferait perdre des points de bonne conduite, mais de rater, de passer à côté de son humanité. Si le péché fait manquer le but, la loi permettrait-elle de l’atteindre ?

    Devant le hiatus de notre pauvre condition, les pharisiens invoquent la loi, sous l’autorité de Moïse qui « a permis de renvoyer sa femme à condition d’établir un acte de répudiation. » De tout temps l’homme se résigne à justifier légalement la séparation, plus qu’à dépasser l’aporie. La loi n’aide ni à vivre ensemble, ni à régler l’échec ; tout au plus elle régule la séparation. Et pour cause, la situation de l’homme n’est pas une problématique juridique, mais bien existentielle et dramatique. Souvent même, la loi est source de l’échec de la véritable relation d’amour. Chacun prétend que l’autre applique la loi, qu’il fasse ce que je crois être le bien, pour m’en trouver bien. Mais la Loi est sans force, impuissante à réaliser ce qu’elle commande : aime ! Alors, comment tenir les deux bouts, comment allier miséricorde et vérité, amour et loi ? Jésus reprochera aux pharisiens : « C’est ceci qu’il fallait pratiquer, sans négliger cela. » (Mt 23,23)

     La contradiction est dépassée dans le Christ, en qui « amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent ; la vérité germera de la terre et du ciel se penchera la justice. » (Ps 84,11) Il ouvre l’impasse en renvoyant à l’origine, au commencement. « Dans le principe de la création, Il les fit homme et femme… et les deux ne feront qu’une seule chair. » En d’autres termes, pour sortir l’humanité de sa panne, il faut retourner à la notice technique du créateur qui l’a conçue. Christ est ce principe : « Au commencement était le Verbe… Tout fut par lui. » (Jn 1,1) Il est aussi nouveau commencement, commencement d’une création nouvelle pour celui qui l’accueille. « En vérité je vous le dis : quiconque n’accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant, n’y entrera pas. » Exigence stérile de la loi ou accueil du don de la vie comme un enfant, l’alternative est posée.