Saint Florent
Saint Antoine
Bon Pasteur

Lc 6, 39-45

Semblable au maître par grâce consentie

 Par le Père Pierre ABRY,

        Contrairement aux pharisiens, guides aveugles qui conduisent d’autres aveugles dans la fosse, Jésus initie des disciples, leur ouvre les yeux, les rend clairvoyants et même visionnaires. Sa présence opère un discernement, pour que voient ceux qui ne voient pas et que ceux qui prétendent voir perçoivent leur cécité. « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais vous dites : Nous voyons ! Votre péché demeure. » (Jn 9, 39)

      Quelle est donc cette vision qui n’est que cécité ? C’est l’œil qui voit le péché de l’autre, la paille dans l’œil du frère, et par là même nourrit une complaisance aveugle et coupable envers soi-même, ignorant son propre péché. C’est le regard accusateur qui lapide la femme adultère, comme si cela le rendait plus pur. Dans ce regard, il y a une poutre sur laquelle l’autre est crucifié ; une poutre qui empêche de voir en soi ce qui est évident aux yeux des autres et qu’ils pourraient nous dire si nous étions moins suffisants.

     « La lampe du corps, c’est l’œil… Si ton œil est malade, ton corps tout entier sera ténébreux. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, quelles ténèbres ! » (Mt 6,22) Clairvoyant, David confessait : « Je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi. » (Ps 50,5) D’où vient que nous ayons toujours devant nous la faute de l’autre et voyons le mal chez l’autre ? Comment le cœur de l’homme est-il devenu un prétoire où s’exerce du matin au soir une justice expéditive ? Quel arbre a donc poussé ses racines au cœur de l’homme, pour obscurcir son regard d’une poutre et produire le fruit amer du jugement ?

     A l’image et à la ressemblance du Dieu bon, l’homme a été créé bon, pour tirer du bon trésor de son cœur, ce qui est bon. Sa condition originelle est de vivre intégralement dans le Bien, de le connaître. Ne pas manger de « l’arbre de la connaissance du bien et du mal », planté au milieu du jardin de son cœur, est un appel à consentir librement au bien. « Désirable pour acquérir le discernement » (Gn 3,6), l’arbre est entouré d’une séduction mensongère comme d’un lierre : « Vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal. » Cédant, les yeux de l’homme se sont ouverts sur le mal qu’il ne connaissait pas. Voulant être comme Dieu sans Dieu, se faire dieu par lui-même, comment désormais ne jugerait-il pas l’humanité entière et Dieu même ? Ses yeux se sont ouverts à la cécité, son discernement s’est obscurci. Il ne voit plus le bien, ni la bonté de Dieu, mais le mal. La seule voie de salut est l’humble cheminement en disciple, qui ne cherche pas à être au-dessus du maître. Mais « le disciple accompli deviendra comme le maître », par consentement à la grâce.